Eloi Valat photo Annie Lorenzo
Eloi Valat


Regards croisés


Le 16 décembre 2010, Eloi Valat était l’invité de Kathleen Evin dans «L’Humeur vagabonde» (France Inter) à l’occasion de la parution de L’Enterrement de Jules Vallès, déjà salué par ­Libération. Un long et bel entretien entrecoupé de lectures.
La présentation de l’auteur par Kathleen Evin: «En 2007, Eloi Valat nous avait déjà scotchés avec la parution chez Bleu autour de son Journal de la Commune, un grand livre aux dessins saisissants, de grands à-plats de couleurs franches, des traits noirs épais comme taillés à la hache, pour faire revivre, non les héros de l’histoire, mais tout ce peuple des “lamentables”, comme les appelait Vallès, qui mourut sur le pavé pour la Sociale. Aujourd’hui, il publie le deuxième volume de ce qui sera, pour lui aussi, une trilogie, avec L’Enterrement de Jules Vallès, ses planches illustrant cette fois-ci des articles des journaux de l’époque. C’est passionnant, bouleversant et superbe.»

«Tous ces événements, Valat ne les conte pas, il les peint. On commence à connaître son trait, maintenant, où ses canons fument le sang dans des à-plats impeccables, et à les reconnaître, les gueules cassées de ses humbles héros. […] L’Enterrement de Jules Vallès rédige, pour le “candidat de la misère, le député des fusillés” (titre d’une ode composée pour la circonstance par Eugène Pottier), la plus bouleversante des épitaphes.»

Pierre Marcelle
Libération,
, 25 novembre 2010

«Valat sur de pleines pages illustre les morts successives de Vallès: des traits vifs et stylisés à l’encre de chine, de larges à-plats de couleurs où s’étalent les bains de sang de la Commune, les drapeaux rouges, la blancheur des linges bourgeois, les barbes, les couvre-chefs : bien loin de singer la gravure d’époque, les images introduisent alors une troublante proximité visuelle. C’est un temps où existait un journal tel que Le Messager de la Volonté du Peuple. C’est bien loin ? Ce livre à la composition remarquable montre que non. »

Gilles Magniont

Le Matricule des anges, janvier 2011

Eloi Valat, musée d’Art et d’Histoire de Saint-Denis, 93
Eloi Valat, musée d’Art et d’Histoire de Saint-Denis, 93


«Un bel ouvrage, avec des textes étonnants et de très belles planches, marquées par la couleur, qui montrent des anatomies torturées, des personnages souvent déglingués, dépenaillés. On sent une révolution en marche, une fébrilité, la dimension du combat et l'omniprésence de la mort. [...] Ces tableaux dévoilent le quotidien des communards, ils donnent aussi une couleur de l'époque.»

La Fabrique de l'histoire, France Culture

«En regard des textes, l’illustrateur fait renaître d’un trait de plume, noir, incisif, rehaussé de couleurs‚ sourdes, les silhouettes de personnages ordinaires, souvent méconnus et oubliés, tous ces “héros d’un jour”, artisans, ouvriers, enseignants, bacheliers, journalistes, fédérés.»

Françoise Perchenet,
Témoignage chrétien, novembre 2007

«Du premier texte, un appel au peuple de la Garde nationale, le 20 mars, au dernier, relatant les actes héroïques des citoyennes de Montmartre, c'est une révolution au quotidien que nous dépeint Eloi Valat qui, mieux qu'illustrer, nous raconte en quelque 70 planches, une histoire que nous n'avions, au sens propre du terme, pas vue.»

L’Humanité, décembre 2007

«Le Journal de la Commune en regroupe des extraits choisis et illustrés par le peintre et desinateur Eloi valat. Les mots d’antan s’accompagnent de dessins pleine page évoquant Épinal et L’Assiette au beurre. Hâtifs, les traits d’encre s’entrecroisent, découpent des formes heurtées que les à-plats de couleur remplissent. S’anime alors un monde de personnages cabossés. Populo et héros oubliés se montrent et font entendre leurs voix. Épique en ses détails, scènes de vie ou de mort, une révolution
au quotidien renaît.»

Marion Dunand,
Politis, 2008

«Ce qui est convoqué par Eloi Valat, c’est l’événement-Commune, via le prisme de la « grande » comme la « petite » histoire. […] L’événement est perçu et représenté dans toute sa violence, ce dont témoignent à la fois le trait propre à Eloi Valat et le choix d’une palette de couleurs plutôt sombres, sans dégradés, avec des juxtapositions franches. Elles étonnent en confrontant toute la gamme des verts et des bleus à celle des jaunes et des rouges. Le trait de Valat est souvent rétif à la ligne régulière, que ce soit pour le contour des personnages ou pour les lignes de fuite dans les scènes de rue. La netteté de la séparation des masses colorées n’est pas sans rappeler l’art du vitrail. […] Influence de l’école allemande faisant la chronique de l’après-Première Guerre mondiale dans un pays en ruine ? La composition, le trait, l’intention font à l’occasion penser à Dix, Beckmann ou Grosz. Ici, la profondeur de champ est fournie par un élément urbain ; là, le mouvement est donné par la gestuelle des acteurs, y compris un chien ou une chaise renversée). Les maisons tanguent parfois comme dans les tableaux de Soutine. On remarque la place donnée aux femmes et aux enfants, dont certains évoquent des personnages de Hugo, mais aussi des « poulbots » fin-de-siècle. […] Il convient de saluer la force de cette œuvre. L’histoire, quelle que soit la période considérée, a rarement été « sentie » avec une telle acuité. À sa manière, et même si la démarche est très différente, ce volume évoque le projet cinématographique consacré par Peter Watkins à la Commune. Et illustre qu’histoire et arts ont tout à gagner à se confronter. »

Jean-Claude Caron,
Revue d’histoire du XIXe siècle

Eloi Valat, peintre et dessinateur est né à Lyon en 1952.


À paraître



Sébastien Roch
une édition illustrée du roman d'Octave Mirbeau
Bleu autour, automne 2016
Commémoration du centième anniversaire de la mort d’Octave Mirbeau

Louises, les femmes dans la Commune
Bleu autour, printemps 2017

Eloi Valat peinture Saint-Denis
Eloi Valat, musée d’Art et d’Histoire de Saint-Denis, 93

Réalisation du triptyque, La Barricade, musée d’Art et d’Histoire de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), printemps 2013.

«Par son imaginaire de poète tourmenté, sa connaissance pointue de l'Histoire et par l'intensité de son dessin, Eloi Valat est l'un des artistes vivants les plus originaux à faire sentir les lignes de convergence entre la Commune et notre actualité sociale et politique. Ses gueules fracturées de communards, ses tribuns aux pieds nus, ses gamins défendant tout à la fois leur peau, la justice et la liberté, valent pour tous ceux qui épousent une lutte.»

Lucile Chastre
Musée d’Art et d’Histoire , Saint-Denis


On pourrait assez logiquement penser qu’un ouvrage consacré à la fin de la Commune de Paris (1871) suscite la mélancolie, sinon l’abattement devant l’extermination des fédérés. Or ce dernier volume de la trilogie que le peintre et illustrateur Eloi Valat lui a consacrée soulève bien davantage une admiration têtue pour ces insurgés qui avaient tout à inventer dans des conditions aussi hostiles et dans un rapport de forces aussi inégal. Les illustrations de Valat, scandées par le rouge et le bleu, formidablement stylisées de façon à offrir une vision froidement cauchemardesque, brutalement antiréaliste, évoquent Georg Grosz et Valerio Adami. Leur vigueur inventive, tant dans le dessin que dans les changements de focale, qui font passer d’une vue d’ensemble à un gros plan, décape les clichés attendus de la guerre et de ses morts. En regard, des textes officiels, tant de la Commune que des versaillais, rapports de délégués à l’inspection des barricades ou d’officiers de l’armée «régulière», extraits de L’Insurgé de Jules Vallès — responsable de la grande barricade de Belleville, la dernière à tomber —, lettres de délation, témoignages : autant d’éléments précis, nerveux, qui font de cette «semaine sanglante» un concentré des beautés et des empêchements de la Commune, fusillée au nom «de l’ordre, du travail et de la sécurité», selon les mots du versaillais en chef, le maréchal Patrice de Mac-Mahon.

Evelyne Pieiller
Le Monde diplomatique, septembre 2013

Fusillés Commune de Paris Eloi vallat

Livres

Le Journal de la Commune

Bleu autour, 2008

Préface Jean-Marie Borzeix


Eloi Valat n’est pas historien. Il raconte la Commune de Paris avec ses outils à lui : sa plume pour le dessin, son ordinateur pour la couleur. Il raconte la Commune telle qu’il l’imagine après avoir lu presque tout ce qui a été écrit à son sujet. Mais pour lui que la Commune habite, il y a autre chose, à l’origine, que la documentation livresque : une émotion, une ferveur.


Développés sur de grands panneaux, les images d’Eloi Valat ont touché un premier public lors d’une exposition présentée, en mars 2007, à la Bibliothèque historique de la ville de Paris à l’initiative de son directeur, Jean Dérens, toujours friand de talents originaux. Pour ceux qui ont eu la chance de voir cette série d’images grand format, presque des affiches, ce fut un choc : la découverte de l’ensemble d’un travail voué au passé  et d’une modernité époustouflante, dont la force tient à l’originalité de l'inspiration autant qu’à la singularité de la démarche artistique. Une révélation.


Jean-Marie Borzeix
Ancien directeur de France Culture

L’enterrement de Jules Vallès

Bleu autour, 2011

Préface Silvia Disegni


Le 14 février 1885, au 77 du boulevard Saint-Michel chez le Dr Guébhard, meurt le Communard, le journaliste et écrivain Jules Vallès, l’auteur de L’Enfant, Le Bachelier et L’Insurgé. Le fondateur et ­directeur du Cri du Peuple s’éteint dans sa cinquante troisième année, très affaibli par la maladie. ­Séverine, l’épouse du Dr Guébhard, la « fille spirituelle» de Vallès recueille ses derniers mots : « J’ai beaucoup souffert. »
Le 16 février, les « obsèques rouges » de Vallès verront derrière le corbillard des « pauvres » se ­réorganiser,
14 ans après la Commune, « l’armée communaliste » qui effraie tant les partis et journaux conservateurs.
La restitution de cette journée en dessins, appuyée sur la relation des funérailles qu’en fit le Cri du ­Peuple, des rapports des mouchards de la police, de témoignages de journalistes et écrivains contemporains de Vallès, amis ou hostiles, trace un portrait inédit de l’écrivain, du journaliste, du révolté.

Sylvia Disegni
Professeur de littérature française à l’université Federico II de Naples

La Semaine sanglante

Bleu autour, 2013

Préface Marie-Hélène Roques


Du Journal de la Commune à L’Enterrement de Jules Vallès, Eloi Valat peint et dessine le peuple, il campe trognes et postures dans leur élan vainqueur. Il se moque ou se révolte, renverse les barricades aux côtés des combattants. Le troisième volet de sa trilogie, La Semaine sanglante de la Commune de Paris, s’inscrit puissamment dans cette lignée. Au premier plan, les sans grade, leurs godillots tâchés de sang. Les femmes ne pleurent pas, elles sont les premières avec leurs pavés à dresser les murailles, dès l’aube farouches, éprises de liberté. Leurs enfants tombent sous la mitraille, arrachés de leurs bras par les Versaillais, elles ne baissent pas la garde, qu’ont-elles à perdre, elles qui n’ont plus rien que leur idéal républicain, leur rêve de partage ?
Vallès, le journaliste, le délégué est là qui fouette de sa plume les ardeurs de la dernière heure, il est là aussi au dernier jour, parmi les siens, silencieux et vaillants. Rien de ne lui échappe, rien n’échappe à Eloi Valat de cette boucherie, les croisées dégarnies, la digue effondrée et ce canonnier blond touché en plein front.
Vallès, Valat, leur trilogie, le bonheur du lecteur. »

Marie-Hélène Roques

Professeur IUFM Toulouse


Le dessinateur Eloi Valat fait revivre, jour par jour, la sanglante répression des barricades du 21 au 28 mai 1871 (...) Eloi Valat n'est pas un historien. Alors il a eu l'excellente idée de s'immerger dans les archives, de sortir des documents du Journal officiel, des extraits de journaux, des petites histoires qui disent le quotidien dans ce Paris insurge. Il a accompagne ces textes d'images saisissantes qu'il a dessinées, pas seulement en guise d'illustrations mais pour restituer l'ampleur de la Commune. Le résultat est a la hauteur du propos, de cette histoire inouïe qui, même perdue par les révolutionnaires, laissera des traces indélébiles. On peut lire chacun des ouvrages sans forcement passer par les précédents, même si c'est dommage (…).

Béatrice Vallaeys
Libération, 6 juillet 2013


Eloi Valat est l’auteur d’un triptyque, Le Journal de la Commune de Paris, L’enterrement de Jules Vallès et La Semaine sanglante de la Commune de Paris, ce dernier album constituant, hélas, le seul ouvrage que nous ayons pu consulter. Difficile de trancher la catégorie dans laquelle ranger cet ouvrage magnifique et singulier qui hésite entre le beau livre illustré et la bande dessinée. À partir d’extraits de textes de l’époque, essentiellement issus de la plume de Jules Vallès, mais aussi de Lissagaray ou, tout simplement de lettres de mouchards, de rapports de police, d’ordres de la Commune, etc., bref un matériau historique disparate et parfois bouleversant, l’auteur propose, en contrepoint, une illustration. Eloi Valat conjugue les qualités de dessinateur et de peintre, capacités qu’il met à profit pour fournir des images d’une rare intensité tout au long du récit. Parfois l’illustration, richement colorée fait face, à droite ou à gauche du texte, parfois, elle occupe une ou deux doubles pages. Autant dire que l’effet est saisissant. La sidération saisit ainsi le lecteur quand, après avoir lu un récit sur les affrontements sur les barricades (p.44) et que tournant la page, il découvre soudain, en gros plan le soldat fauché par la balle. Toute chose étant égale par ailleurs, le dessin permet le même rendu que la fameuse photo de Capa d’un milicien se faisant tuer sur le front de Madrid. À l’appel des communards aux soldats versaillais (p.58), répond un dessin d’un brave homme, muni d’un bandeau Bleu Blanc Rouge, qui évoque irrésistiblement le trait de Georg Grosz quand il caricature les bons bourgeois allemands. La mort de Dombrowski (général de la Commune) est évoquée par les sept balles qui atteignent son cheval, créant un effet de réel absolument bouleversant. Ainsi en va-t-il également pour le dessin de la danse macabre des fusillés, suite aux lettres de dénonciation anonymes, (p.86 et suivantes) qui soulèvent le cœur.
On le voit, l’usage du texte, de facture très variée, joue un rôle aussi important que l’iconographie, accompagne, exemplifie, amplifie. D’ailleurs, avant de sombrer dans la bassesse des courriers anonymes, le dernier texte mobilisé est celui de la déclaration du Maréchal Mac-Mahon, duc de Magenta du 28 mai 1871, pour annoncer que l’ordre règne à Paris: «L’armée de la France est venue vous sauver. Paris est délivré. Nos soldats ont enlevé, à quatre heures, les dernières positions occupées par les insurgés. Aujourd’hui, la lutte est terminée : l’ordre, le travail et la sécurité vont renaître.» Ce livre, par sa composition autant que par ses illustrations, rend compte de manière très sensible de la dimension du combat, de la mort et de la défaite de ceux qui ont instauré la première République ouvrière de l’humanité. À cette grande œuvre correspond un livre qui ne l’est pas moins. Il ne reste plus au lecteur qu’à compléter cette superbe lecture par la découverte des deux autres composantes de la trilogie.

Georges Ubbioli
Dissidences